Posted by

VERS UNE DEMOCRATISATION DES ICOS

5 December 2018

Les ICOs, ou Initial Coin Offerings ont beaucoup fait parler d’elles cette année. Que ce soit en bien en facilitant l’accès au capital, ou en mal avec leurs problèmes de réglementation et d’escroqueries, les ICOs révolutionnent déjà le financement des entreprises.

Comment les entreprises se finançaient-elles avant les ICOs ?

Traditionnellement, une entreprise peut augmenter son capital de deux façons.
D’un côté, l’entreprise peut évoluer naturellement et voir son capital augmenter à mesure que ses revenus augmentent. De cette façon l’entreprise appartient totalement à ses fondateurs, et son expansion est généralement lente.
De façon alternative, une entreprise peut avoir recours aux investisseurs pour apporter du capital et ainsi financer son développement. Des acteurs typiques du financement des jeunes entreprises sont les capital risqueurs, plus communément appelés Venture Capitalist.  Les investisseurs apportent du capital — d’abord plusieurs dizaines de milliers de dollars, puis rapidement des millions — en échange d’une part de l’entreprise. C’est le point important : les investisseurs, de manière traditionnelle, acquièrent en échange du financement une partie de l’entreprise. Ce ‘morceau’ de l’entreprise qu’ils possèdent sera vendu plus tard sur les marchés financiers en espérant faire un bon retour sur investissement. Cette méthode de financement est donc invasive puisque les investisseurs acquièrent des titres de propriété de l’entreprise ; et la procédure peut être laborieuse : l’entreprise doit prouver que son business model est viable, et le financement n’est pas donné d’un seul coup mais réparti. C’est alors qu’interviennent les ICOs.
Elles apparaissent comme un moyen rapide et extrêmement efficace de lever des fonds pour une entreprise.

Mais qu’est-ce qu’une ICO ?

Une ICO est un moyen de lever du capital qui repose sur la technologie de la Blockchain. Une ICO est composée de deux parties. D’un côté, il y a l’entreprise qui souhaite lever du capital, et de l’autre, il y a les investisseurs lambda, généralement des utilisateurs des cryptomonnaies.
Ces deux parties sont alors mises en relation lors d’une vente de ‘tokens’ ou ‘jetons’ en français. Un token est un actif numérique échangeable sur une Blockchain.
L’entreprise fixe le montant de capital qu’elle souhaite lever, elle fixe le nombre de tokens qu’elle souhaite émettre; et ainsi le prix d’un token est déterminé par le rapport entre le montant total et le nombre de tokens. Les investisseurs peuvent alors acheter ces jetons numériques. L’entreprise a alors vendu des actifs qui n’ont intrinsèquement pas de valeur : les tokens. Mais on peut alors trouver cela déconcertant. Pourquoi des investisseurs achèteraient quelque chose qui n’a pas de valeur ?  C’est parce qu’en réalité, les tokens n’incarnent pas une valeur, ils ont une utilité.
Ce processus ressemble exactement au processus d’émission d’actions par une entreprise (IPO), à un détail près, qui n’est pas des moindres. L’entreprise qui émet des actions vend une partie d’elle-même de sorte que les investisseurs possèdent des morceaux de l’entreprise. Dans le cas d’une ICO, l’entreprise ne perd rien de son intégrité. Au lieu de vendre des morceaux d’elle-même, elle vend des droits incarnés par les tokens. Ainsi, ces derniers confèrent des droits à ceux qui les possèdent. L’entreprise peut par exemple décider que les tokens confèrent un droit de dividende : tous ceux qui en possèdent recevront une partie des bénéfices de l’entreprise de façon périodique. Ou alors, elle peut décider qu’un jeton représente un droit de vote, lors du conseil d’administration. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’un token peut incarner plusieurs droits, mais que ces droits sont fixés à l’avance par l’entreprise de sorte à ce que tous ceux qui en achètent savent les droits qu’ils recevront en possédant un, ou plusieurs tokens. Noter que les droits sont cumulatifs avec le nombre de jetons.

Si ce financement passe par la Blockchain, il n’est pas régulé ?

Voilà l’un des points sensibles dans le monde des ICOs. Étant une technologie basée sur la Blockchain, l’anonymat des investisseurs y est total. Ainsi, il est impossible de déterminer si l’argent utilisé pour financer une ICO provient d’une source frauduleuse ou non.
Pour pallier à ces problèmes de transparence et de sécurité, les états se sont immiscés dans le royaume des ICOs.
Ainsi, la Chine par exemple, a simplement banni les ICOs sur son territoire. Les États-Unis, eux, ont adopté une politique plus ou moins indépendante par état, alternant entre régulation et absence de régulation.
Finalement, c’est en Europe qu’il fait bon vivre pour les ICOs. La régulation y est faible, et les investisseurs répondent largement présent aux levées de fonds.
Cependant, c’est une banque Suisse qui s’apprête à bouleverser le monde des ICOs, en organisant la première ICO au monde soutenue par une banque.
La banque Swissquote a récemment fait parler d’elle en proposant à ses clients de participer à la première ICO approuvée par une banque.
Swissquote effectue ainsi un travail de certification des deux côtés de l’ICO. D’abord, le projet qui sera porté par cette ICO a été analysé par la banque, et les fondateurs du projet ont travaillé pour répondre aux critères imposés par la banque. Ces critères sont des critères de transparence au même titre qu’une entreprise qui entrerait en bourse via une IPO.
Swissquote effectue un deuxième travail, du côté des investisseurs cette fois. La banque s’occupe de vérifier, en travaillant avec des entreprises spécialisées, que l’argent utilisé et investi par les investisseurs n’est pas frauduleux. Pour ce faire, Swissquote ‘remonte’ la blockchain à partir du wallet du client en question pour vérifier la provenance de toutes ses transactions, ainsi que son implication ou non dans des fraudes connues.
Swissquote est ainsi en mesure de proposer — à ses clients dans un premier temps — une ICO certifiée. La banque ne manque toutefois pas de rappeler que malgré tout, une ICO reste un placement risqué, au même titre qu’une IPO.

 

Glossaire 

IPO : Initial Public Offering : est une opération financière conduite par une société et ses différents conseils (banquier d’affaires, commissaires aux comptes, avocat d’affaires) qui permet la cotation de titres de capital —actions— de cette entreprise sur un marché boursier.

Comments

comments