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L’OMC ou comment mettre de l’ordre dans le commerce international

25 October 2018

 

L'OMC

 

 Si la cocaïne est la drogue préférée des traders, c’est à cause de l’instabilité et de l'imprédictibilité du commerce international. Le trading est un art qui requiert un esprit toujours aux aguets mais aussi, pour certains, une compréhension des dynamiques des échanges au niveau mondial. Une organisation qui a su, peut-être, causer la faillite de quelques dealers est l’OMC. Intéressons-nous à la gloire et la chute de cet arbitre du commerce global.

 

VERS UN MONDE PETIT

 

 

 La création de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC, ou WTO en anglais) en 1995 découle d’un projet plus ancien initié sur les ruines d’une Europe en miettes. Signé en 1947 par 23 pays, l’Accord Général sur les Tarifs Douaniers et le Commerce (appelé GATT) marque le premier pas vers une harmonisation des droits de douane entre différents pays. Ce simple accord reconnaît qu’au XXème siècle le monde s’est rapetissé, le libre-échange est mondialisé et le jeu du commerce a besoin de règles. De surcroît, la vision capitaliste aura vite fait de convaincre la majeure partie de la planète de la nécessité d’une organisation globale qui puisse observer et réguler les outils de commerce à disposition des états.

 

 Un pays ne peut pas, en effet, se permettre d’adapter ses tarifs d’importation à la provenance d’un bien sans justification valable. Il ressort donc du GATT que tout le monde est égal dans la compétitivité du commerce mondial et qu’une guerre commerciale doit être prévenue pour préserver un équilibre aussi bien politique qu’économique.

 C’est donc à travers des cycles de négociations du GATT que l’intérêt des états évolue des tarifs douaniers à la propriété intellectuelle et la résolution de litiges. Naît alors du cycle de négociations d’Uruguay l’OMC qui, avec son statut d’organisation internationale, peut s’investir pleinement dans la gestion de conflits et la création de règles plus strictes. Par exemple, l’utilisation de subventions est fortement discipliné : il est interdit de coupler des subventions à des mécanismes de défense de la production nationale quand le commerce international s’en voit perturbé. En bref, les incertitudes diminuent et le risque devient plus facile à gérer sur les marchés. Cependant, le renforcement de certains liens se fait au dépit des plus faibles…

 

CYCLE DE DOHA : INEGALITES

 

 Le premier échec de l’OMC reste à ce jour assez discret : le cycle de négociations de Doha débuté en 2001, qui n’a pas encore abouti. Dans le monde du commerce international, ce sont les pays les plus développés qui dirigent la symphonie de l’offre et la demande, du besoin de biens souvent produits par des économies plus faibles. Ce contraste entre pays émergents et puissances commerciales est le coeur de ces discussions inachevées. Les négociations de Doha illustrent pertinemment le problème majeur du commerce international et du trafic financier qui y est lié : le profit et la croissance économique l’emportent sur le bien-être des populations. Si les échanges et la finance se veulent durables, il faut que tous les côtés soient respectés. Voilà une mission ardue pour les négociateurs au sein de l’OMC.

 

DONALD TRUMP vs XI JINPING

 

 

 Les titres de The Economist pendant l’été 2018 n’ont pas rassuré les lecteurs :  Would a trade war wreck the economy ? ou bien The plan to save the WTO . En effet, en accusant, non sans raison, la Chine de vol de la propriété intellectuelle, Donald Trump, président américain, annonce l’augmentation des tarifs d’importations de biens chinois. Aussi, en invoquant la justification de sécurité nationale (justification autorisée par l’OMC), le même Donald Trump augmente drastiquement les tarifs sur métaux et acier d’importation, touchant ainsi l’Europe. Les plaintes fusent au bureau de l’OMC mais l’organisation semble incapable d’agir. Que se passe-t-il ?

 

 L’OMC se voit en fait incapable de gérer les plaintes à cause d’un problème structurel. Le panel de juges-arbitres qui doit s’occuper de l’affaire est incomplet et, pour nommer un nouveau juge, un vote à l’unanimité est nécessaire. Bien sûr, l’administration américaine retarde la procédure. Pour le moment, il ne reste plus qu’à attendre que les intérêts de Xi Jinping et de Donald Trump s’alignent de telle façon à ce que l’OMC puisse de nouveau opérer voire se lancer dans un renouvellement particulièrement bienvenu.

 

 

 Cette guerre commerciale a forcément des répercussions sur la gestion d’entreprises, en particulier l’augmentation des coûts de production. La relation entre Yuan chinois et Dollar américain souffre aussi, avec la chute du Yuan reflétant le futur incertain des relations sino-américaines. Une incertitude chinoise se répercute sans scrupule sur ses voisins aux économies plus faibles. La sagesse coréenne nous rappelle :  Quand les requins se battent, les écrevisses ont le dos brisé.

 Née comme structure de contrôle, l’OMC se voit mise à mal depuis le début du siècle. L’organisation internationale doit voir dans les derniers événements une opportunité pour subir un remodelage qui permettrait une présence bien plus intéressante dans le contexte actuel.

 

BIBLIOGRAPHIE

 

The Economist, Volume 427 Numéro 9097, 23 juin 2018

 

The Economist, Volume 428 Numéro 9101, 21 juillet 2018

 

Organisation Mondiale du Commmerce, L’OMC, https://www.wto.org/french/thewto_f/thewto_f.htm

 

Bloomberg, Economics, Anstey Chris, JPMorgan Sees All-Out U.S.-China Tariffs, Lowers Yuan Call, 30 septembre 2018, https://www.bloomberg.com/news/articles/2018-09-30/jpmorgan-says-u-s-china-tariffs-to-go-all-out-lowers-yuan-call

 

Wikipedia, Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, https://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_g%C3%A9n%C3%A9ral_sur_les_tarifs_douaniers_et_le_commerce

 

Wikipedia, Organisation mondiale du commerce, https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_mondiale_du_commerce

https://www.worldatlas.com/articles/where-is-the-headquarters-of-the-world-trade-organization-located.html

https://www.paperblog.fr/938448/l-omc-en-echec-attention-a-la-resurgence-des-protectionnismes/

http://oeconomia.over-blog.com/du-gatt-a-l-omc.html

https://www.industryweek.com/economy/us-needs-china-more-china-needs-us

(Art n°54)

 

 

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