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HAPPY TEN YEARS SUBPRIMES

15 November 2018

Une Décennie


Cela fait 10 ans que notre société s’est vu plongée dans une crise économique mondiale. La facture s’élèvera à quelques dizaines de billions de dollars (milliers de milliards de dollars), doublera la dette nationale américaine et coutera l’emploi de plus de 30 millions de personnes. Victor Hugo dit un jour : « Les fortes sottises sont souvent faites, comme les grosses cordes, d’une multitude de brins. » Ce dicton ouvre la porte au questionnement suivant : Sommes-nous capables d’identifier lesquels de ces brins sont les plus épais ?

 

Ronald Reagan : La Dérégulation

 

Figure 1 : Ronald Reagan


En 1981, Ronald Reagan est élu président des Etats Unis d’Amérique et sa politique économique est claire pour tous lorsqu’il nomme comme secrétaire du trésor le PDG de Merryl Linch. L’ère est au changement et cela sera au profit de Wall Street. Les règles vont changer, l’industrie de la finance engrange de plus en plus de profits et cela sera particulièrement remarqué dans l’augmentation des salaires à Wall Street. Les Etats-Unis se lancent officiellement dans une vague de dérégulation qui durera 30 ans.

 

Figure 2 : Alan Greenspan


En 1987, Alan Greenspan fut élu, par Ronald Reagan, comme Chairman de la FED, Banque centrale des États-Unis, poste qu’il gardera sous Bill Clinton & Georges W. Bush. Greenspan fut l’un des acteurs majeurs dans cette vague de dérégulation. En 1998, il déclarera officiellement son opposition à la régulation du marché des produits dérivés. Celle-ci sera co-signée par Robert Rubin, Secrétaire du Trésor et Arthur Levit, président de la SEC (Securities Exchange Commission). Cette déclaration est sans aucun doute le premier gros brin qui composera cette forte sottise.


En plus des acteurs étatiques voici les entités financières ayant contribué à cette crise de 2008 :

Leader Bancaire

Conglomérat Financier

Agence de notation

Assurance

Lehman Brother*

Citigroup

Moody’s

AIG

Goldman Sachs

JP Morgan

Standard & POOR’s

MBIA

Morgan Stanley

Fitch

AMBAC

Merryl Linch

Bear Stearns

 

Securization Food Chain (Chaine de Titrisation)


Au début des années 1990, apparurent les premiers « produits dérivés ». Selon les acteurs des marchés financiers, ces produits complexes avaient pour but de sécuriser le marché. Ce que l’on peut dire aujourd’hui c’est qu’en l’absence de régulation, ces nouveaux outils financiers auront principalement été source d’instabilité.

Les CDO (Collateralized Debt Obligation) sera le produits dérivé responsable de la crise des subprimes. Voici un schéma qui représente la chaîne de titrisation des CDO aux USA. (A noter que même si l’économie mondiale a été touchée, la source de cette crise provient du marché de l’immobilier américain.)

 

Home Buyers = Emprunteurs / Lenders = Banques / Investment Banks = Banques d’investissement / Investors = Investisseurs
Figure 3 : Chaine de titrisation


Dans cette chaine de titrisation, les emprunteurs reçoivent un prêt des banques afin d’acheter une maison. Ensuite les banques vont revendre les prêts aux banques d’investissement de Wall Street. Une fois détentrice de ces prêts, les banques d’investissement créeront un produit dérivé appelé CDO qui rassemble toute une liste diversifiée de prêts et de dettes.

 

Figure 4 & 5 : Composition d’un CDO


Ensuite les banques d’investissement devront faire appel à une agence de notation qui a pour rôle de donner une note au produit dérivé. Les notes allant de AAA à D où AAA est la meilleure note possible.

 

Figure 6 : tableau illustratif des notes données par Moody’s and Standard & Poor’s (S&P)


Après avoir attribué la note au CDO, la banque d’investissement ira le vendre sur les marchés financiers afin qu’il puisse être acheté par les investisseurs du monde entier. Cette ouverture sur le monde entier est la raison pour laquelle cette crise ne s’est pas limitée aux Etats-Unis.


A l’époque où seuls les prêts standards entre une banque et un individu existaient, les banques se devaient de faire attention aux conditions de prêts et à la solvabilité du client.

 

Figure 7 : Prêt Standard

 

Dans le cadre de la chaine de titrisation seuls les investisseurs attendent une solvabilité du client car l’emprunteur ne paye de redevance qu’aux investisseurs. Les Banques, Agences de notation et Banques d’investissement ne sont plus que des intermédiaires qui touchent une commission. Pour ces trois derniers, plus on attribuera de prêts, on vendra de CDO et on notera ces produits dérivés, plus les profits engrangés seront importants.

 

Figure 8 : Prêt suivant la chaine de titrisation

 

Agence de Notation, un deuxième brin très épais ?

 

Figure 9 : Ratings des Agences de notation


Moody’s, Standard & Poor (S&P) et Fitch, ces trois agences de notation auront principalement noté AAA tous les CDO avant la crise des subprimes et cela malgré le fait que la plupart de ces produits dérivés étaient ce qu’on appelle aujourd’hui des Produits Toxiques. Deven Sharma déclarera au nom de S&P : « Nos notes reflètent notre opinion, ... elles n’attestent pas de la valeur marchande d’un titre, la volatilité de son prix ou la pertinence en tant qu’investissement ». Raymond McDaniel (Moody’s) et Stephen Joynt (Fitch) partagent le même avis. La réalité est que ces agences de notation n’étaient pas régulées et n’avaient donc aucune responsabilité légale dans le cas où une note s’avérait être erronée. Dans un même temps, les investisseurs du monde entier, principalement les fonds de pension n’investissaient que sur les produits financiers leur garantissant une certaine sécurité. Les notes octroyées par ces agences de notation leur semblaient être une information très pertinente dans le choix de leurs investissements. Avec cette déclaration de Deven Sharma, l’on peut penser que le rôle des agences de notation dans cette chaine de titrisation fut lui aussi un brin solide de notre incroyable sottise.

 

Figure 10 : Profit des agences de notation entre 2000 – 2007


Certes les conséquences n’auraient pas été les mêmes si les banques avaient respecté les règles de solvabilité. Lorsque les banques eurent compris que leur profit se faisaient au détriment de ces règles, elles ont commencé à octroyer des prêts sans compter et avec de plus en plus d’intérêts, à de plus en plus d’individus insolvables, sans la moindre éthique.

 

Figure 11 : (« Cleveland vs Wall Street », film explicatif du surendettement des emprunteurs américains).


Tout nous prête à penser que dans une Amérique où uniquement les agences de notation avaient été règlementées, les produits dérivés remplis de prêts toxiques auraient sûrement reçus de mauvaises notes et ces agences auraient dû prendre leurs responsabilités dans le cas contraire. Toutefois certains économistes n’en sont pas si sûr car les CDO sont en réalité très complexes à analyser et c’est pourquoi ces économistes tendent à dire que même étant un expert en produit dérivée il n’est pas certain qu’à l’époque, la toxicité de ces produits ait été évidente. Malgré cela tous s’entendent à dire qu’avec une régulation homogénéisée entre le processus de prêt, de fabrication de CDO et de notation de ceux-ci cette catastrophe économique aurait pu être évitée.


En 2007-2008, les produits dérivés arrivant à échéance, les investisseurs sont supposés percevoir leurs gains. Les emprunteurs ne pouvant pas rembourser, la valeur de tous ces CDO s’est écroulée, impactant tous les marchés collatéraux, créant ainsi une réelle panique.


Lesquels de ces brins sont plus ou moins épais ? Les emprunteurs conscients qu’ils ne pouvaient pas rembourser, les banques proposant des prêts à des personnes insolvables, les banques d’investissement sachant que les CDO étaient toxiques, les investisseurs peu informés sur le contenant de ces produits dérivés, ou SEC (Securities and Exchange commission) qui n’a effectué aucun contrôle du marché des produits dérivés avec répercussion dans le courant de la crise des subprimes ?

 

2018 un vent d’air frais ?


Les débats sont nombreux quant au besoin de réguler ou déréguler les marchés financiers, ce qui est certain c’est que la période entre 1995 et 2008 aurait pu bénéficier d’une régulation plus prononcée. Avec le boom des Crypto-monnaies fin 2017, chacun tente de prévoir la prochaine bulle ou le prochain bon coup. Un fait certain c’est que depuis une centaine d’années, le marché économique suit un cycle de régulation et dérégulation sans jamais atteindre son équilibre. Cette fin d’année 2018 subit de nombreuses turbulences sur les marchés financiers à l’instar des indices du Dow Jones (26’828 le 2 Oct – 24'442 le 28 Oct 
(-8,89%) – 26'191 le 7 Nov (+7,15%)) ou encore le SMI (9’175 le 2 Oct – 8'665 le 25 Oct (-5,55%) – 9'074 le 7 Nov (+4,95%)).

Une chose est sûre, l’avenir est incertain mais la prochaine crise ne se fera pas à cause de CDO mais rien ne nous garantit qu’une autre forme de produit dérivé toxique n’ait pu voir le jour.

 

 

 

 

Lexique :


CDS : Les couvertures de défaillance ou dérivés sur événement de crédit ou permutations de l'impayé, plus connus sous leur nom et abréviation anglais crédit default swaps (CDS), sont des contrats de protection financière entre acheteurs et vendeurs, qui furent développés à partir de 1994 au sein de la banque JP Morgan.


SEC : La U.S. Securities and Exchange Commission, communément appelée la Securities and Exchange Commission, souvent abrégée en « la SEC », est l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers. C'est en quelque sorte le « gendarme de la Bourse » américain, aux fonctions généralement similaires à celles de l’Autorité des marchés financiers que l'on rencontre dans d’autres États. Ses pouvoirs et sa composition ont été profondément remaniés par le « Dodd–Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act » de 2010.


Lehman Brothers : était une banque d'investissement multinationale créée en 1850, proposant des services financiers diversifiés et ayant spectaculairement fait faillite le 15 septembre 2008.


Source

• Cleveland contre Wall Street est un film documentaire franco-suisse réalisé par Jean-Stéphane Bron. Il a été présenté au Festival de Cannes2010, dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs.
• https://www.abcbourse.com/apprendre/1_agences_notation.html

• Inside Job est un film documentaire américain produit, écrit et réalisé par Charles H. Ferguson sorti en 2010. Il analyse les causes de la crise financière mondiale débutant en 2007 et a remporté l'Oscar du meilleur film documentaire en 2011

• https://fr.wikipedia.org/wiki/Alan_Greenspan

• https://fr.wikipedia.org/wiki/Ronald_Reagan

•https://bvai.de/fileadmin/PDFs/DE/Themenschwerpunkte/Liquid_Alternatives_10_18/T0081_Overview_of_Alternative_Risk_Premia_ARP_Strategies.pdf

• https://www.morganstanley.com/im/publication/insights/investment-insights/ii_anintroductiontoalternativeriskpremia_us.pdf

• https://www.wsj.com/articles/what-is-alternative-risk-premium-1515380401

• https://fr.wikipedia.org/wiki/Securities_and_Exchange_Commission

• https://fr.wikipedia.org/wiki/Lehman_Brothers

• https://www.youtube.com/watch?v=iFr2CfilL8E (Heu?reka, youtubeur français vulgarisant la finance. Serie sur les Subprimes en 2 parties)

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