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Bitcoin : Révolution technologique ou bulle spéculative ?

14 December 2017
Bitcoin

   Depuis la présentation de la Blockchain dans le dernier article ainsi que ses applications au Bitcoin , la situation a bien évoluée. Effectivement, entre un fork (Bitcoin Diamond) et une valeur qui a plus que triplée, on ne sait quoi prédire sur le futur de cette crypto-monnaie.

Mais où s’arrêtera le Bitcoin ? Depuis sa création en 2009, le Bitcoin a été déclaré mort plus de 170 fois. Aujourd’hui, sa croissance exponentielle incite les investisseurs à la prudence. A la vue de l’irrationalité du rendement du Bitcoin depuis le début de l’année 2017 (environ 1400% en passant de 1000 euros début 2017 à près de 15000 euros aujourd’hui), la crainte d’une bulle spéculative est fondée, bien que certains soient convaincus que cette croissance n’est qu’un début et que le Bitcoin atteindra des sommets biens plus élevés encore.

Ainsi, pour faire suite au précédent article, on s’intéressera à l’épineuse question : « Bitcoin, révolution technologique, ou bulle spéculative ? »

https://www.courrierinternational.com/dessin/le-bitcoin-une-bulle-financiere-risques

https://www.courrierinternational.com/dessin/le-bitcoin-une-bulle-financiere-risques

Un intérêt croissant pour la crypto-monnaie 

Pourquoi le Bitcoin provoque-t-il un intérêt croissant auprès des investisseurs ?

   D’abord, le Bitcoin serait considéré par certains comme une alternative crédible à l’or (en tant que valeur refuge). Effectivement, le Bitcoin possède les principales caractéristiques d’une monnaie : il possède une durabilité, il est divisible, et possède une valeur intrinsèque, dictée par la loi de l’offre et de la demande. En plus de la rareté, le Bitcoin possède aussi une grande utilité : il permet de stocker de la valeur. Certains refusent au Bitcoin son statut de monnaie du fait que l’offre en Bitcoin est limitée (à 21 millions de Bitcoin), contrairement aux monnaies fiduciaires classiques, qui perdent en valeur au cours du temps du fait d’une inflation quasi illimitée, portée par les programmes d’assouplissement des banques centrales.

   De plus, on constate un intérêt croissant des grands marchés américains pour ce nouvel actif numérique. La plateforme américaine Chicago Board Options Exchange a lancé ses premiers produits dérivés (contrats à termes, futurs) en Bitcoin, le 10 décembre 2017, pour permettre plus de spéculation autour du Bitcoin. Cette plateforme sera suivie de près par la Chicago Mercantile Exchange, l’un des plus importants opérateurs boursiers mondiaux, qui lancera lui aussi ses premiers produits en Bitcoin, le 18 décembre 2017. Ces bourses donnent ainsi une légitimité au Bitcoin aux yeux de certains acteurs de la Finance qui touchaient peu à ce produit d’un nouveau type jusqu’alors.

   Le Bitcoin a encore de potentiels très beaux jours devant lui. Effectivement, il se trouve que seulement 0,01 pour-cent de la population en possède. Or, on imagine facilement que si ne serait-ce qu’un pour-cent en possédait, alors le prix de l’actif s’envolerait vers des sommets inégalables par d’autres actifs, disons plus classiques. Effectivement, le nombre de Bitcoin étant limité, tout regain de demande se traduit par une flambée des prix. Il est donc nécessaire que le Bitcoin reste attractif pour supporter ses prix. Ceci est l’un des problèmes que tentent de régler les différents forks du Bitcoin.

Mais, le fait que la totalité des Bitcoin soit détenue par peu d’investisseurs provoque des vagues d’inquiétudes parmi ces derniers. Comme nous le verrons plus tard dans cet article, le Bitcoin présente également de grands dangers pour ses investisseurs.

Les Dangers du Bitcoin 

Le Bitcoin n’étant pas une monnaie centrale, il n’est pas géré par les banques et n’est donc pas soumis aux même réglementations que ses cousines fiduciaires. Ainsi, les éléments qui font varier ses cours ne sont pas clairs, et beaucoup d’investisseurs se retrouvent dans le brouillard. 

   D’abord, les forks successifs du Bitcoin (dont on a parlé précédemment), sont des changements de protocole qui amènent à la duplication de la monnaie. Ces forks répondent notamment à un besoin de liquidité, et se font de plus en plus fréquents. En aout 2017, le Bitcoin a introduit le Bitcoin Cash, premier fork (première duplication des Bitcoin). Ensuite vint le Bitcoin Gold en octobre 2017, et plus récemment, le Bitcoin Diamond en Novembre 2017. Ces forks à répétition pourraient entraîner une inflation du Bitcoin, au grand dam des investiisseurs, qui pourraient voir leurs Bitcoin dévalorisés par ces augmentations de « masse monétaire numérique ». Les médias soupçonnent ces duplication du Bitcoin de n’être que des moyens d’enrichir les régulateurs du Bitcoin en augmentant la liquidité de la monnaie, et permettant ainsi plus de transactions, au détriment des investisseurs.

   De plus, la technologie derrière le Bitcoin serait dépassée par rapport à d’autres monnaies numériques comme le Litecoin ou le Ripple. Effectivement, l’algorithme actuel du Bitcoin n’autorise que 7 transactions par seconde, ce qui fait qu’une transaction peut prendre plus d’une heure pour être validée, et l’on remarquera qu’une transaction en Bitcoin coûte plus cher pour ses utilisateurs qu’une transaction en Litecoin, par exemple.

   Le Bitcoin connaît aussi des détracteurs de renoms, comme l’économiste Joseph Stiglitz(1), Prix Nobel d’Economie en 2001, qui décrit l’évolution actuelle du Bitcoin comme une « bulle spéculative » susceptible d’ « imploser ». Cet argument d’autorité soutenu par un Nobel d’Economie pourrait inciter des investisseurs à quitter leur position et ainsi tendre à dévaloriser le Bitcoin, et pourrait ainsi faire éclater la bulle, si bulle il y a. De même, les banquiers centraux, garants de la stabilité financière mondiale, ont multiplié les avertissements, à l’image du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau(1), estimant que ceux qui investissaient dans le Bitcoin le faisaient « totalement à leurs risques et périls ». Aussi, des entreprises comme Steam, fournisseur de copie de jeu vidéo sur internet, se mettent à refuser les paiements en Bitcoin, par peur d’une liquidité décroissante et d’une potentielle bulle, prête à imploser. Le problème est que ce genre de comportement pourrait tout à fait tendre à déstabiliser le Bitcoin.

   Finalement, les « Baleines du Bitcoin », ces 1000 investisseurs qui possèdent près de 40% des Bitcoin sont l’une des grandes inquiétudes des investisseurs. La semaine dernière, les jumeaux Winklevoss(2), connus pour avoir menés de nombreux procès contre Mark Zuckerberg et Facebook, l’accusant de leur avoir volé l’idée du réseau social (Histoire très bien racontée dans le film The Social Network), sont devenus les premiers milliardaires du Bitcoin. Mais, ces utilisateurs qui possèdent des réserves de Bitcoin valant plusieurs millions d’euros (voire milliards pour certains), inquiètent les plus petits investisseurs. Effectivement, la valeur du Bitcoin serait totalement déstabilisée si l’un d’entre eux se décidait à retirer ses gains. Un tel scénario pourrait faire éclater la bulle du Bitcoin, et les plus lents investisseurs à se retirer perdrait tout leur investissement initial. Cette situation effrayante n’est pas à sous-estimer, car il est très tentant pour ces « baleines » de retirer leur argent (surtout d’être le premier à retirer, mais au meilleur moment).

   Le Bitcoin présente clairement des risques, bien que les grands marchés y prêtent un intérêt croissant. La question est de savoir si l’envolée du Bitcoin continuera pour de bon. Entre les « baleines » qui pourraient profiter de l’augmentation de liquidité offerte par les différents forks du Bitcoin pour vendre leur position et assommer les marchés, et les grands acteurs de la finance comme les plateformes qui lancent leurs produits en Bitcoin, rien n’est vraiment prévisible.

Glossaire :

Produit dérivé : Un produit dérivé ou contrat dérivé ou encore derivative product est un instrument   financier (IAS 39) :

  - dont la valeur fluctue en fonction de l’évolution du taux ou du prix d’un      autre produit appelé sous-jacent ;

  - qui requiert peu ou pas de placement initial ;

  - dont le règlement s’effectue à une date future.

Futurs : Un contrat à terme (ou futures en anglais) est un engagement ferme de livraison d’un actif sous-jacent à une date future (appelée échéance ou maturité) à des conditions définies à l’avance. Contrairement au forward, le contrat à terme est standardisé pour être négocié sur un marché à terme organisé.

Banque centrale : La banque centrale d’un (ou de plusieurs) pays est une institution chargée par l’État (ou un ensemble d’États dans le cas d’une zone monétaire comme la zone euro) de décider d’appliquer la politique monétaire.

Sources / Références:

(1) – https://www.letemps.ch/economie/2017/12/07/bitcoin-semballe-sapproche-17000-dollars

(2) – https://en.wikipedia.org/wiki/Winklevoss_twins

https://fr.wikipedia.org/wiki/Produit_d%C3%A9riv%C3%A9_financier

https://fr.wikipedia.org/wiki/Contrat_%C3%A0_terme

https://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_centrale

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